>> Début de l'interview de Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France
Comment ont évolué vos actions depuis le début de l'association ?
Le principe de nos actions est resté sensiblement le même au cours du temps, mais les moyens techniques dont nous disposons se sont améliorés, notamment du fait de notre notoriété grandissante. Nous essayons de nouvelles tactiques régulièrement, elles doivent toutes avoir le dénominateur commun (et c’est loin d’être toujours évident !) d’être à la fois suffisamment efficaces pour contraindre l’arrêt de l’activité de braconnage tout en ne mettant pas en danger la vie des braconniers.

Quelles sont les actions de l'association Sea Shepherd France ?
Sea Shepherd France est une structure encore jeune dont les principales fonctions à l’heure actuelle sont de relayer des campagnes internationales, faire connaître l’association et collecter des fonds pour financer les différentes interventions de Sea Shepherd à travers le monde.
Sentez-vous une évolution des consciences vis à vis des richesses halieuthiques ?
Les mentalités évoluent mais trop lentement face à l’urgence de la situation. Le temps joue contre nous car nous sommes dans une véritable course contre la montre, les océans sont à bout de souffle et la demande en ressources halieutiques ne cesse d’augmenter. Une prise de conscience générale et rapide est indispensable.
Ca n’est ni plus ni moins qu’une révolution des mentalités et de notre perception générale du monde qui est nécessaire pour impulser le changement qui est suffisamment radical pour infléchir la tendance suicidaire dans laquelle l’humanité se trouve actuellement. Car nous sommes bel et bien entrain de scier la branche de l’arbre sur laquelle nous sommes assis et si nous ne changeons pas notre rapport à la nature, cette arrogance anthropocentrique qui définit relativement bien notre espèce et qui nous donne l’illusion d’être au-dessus des lois naturelles nous coûtera cher. Elle risque de transformer cette planète jusque là si hospitalière à notre égard, en véritable enfer.
Y a-t-il une prise de conscience en France ?
La France, en tant que pays développé, exerce une pression importante sur les ressources naturelles et sur la biodiversité, notamment marine. Notre pays est le seul à être présent dans tous les océans du monde et nous possédons le deuxième plus grand territoire marin après les Etats-Unis (avec pas moins de onze millions de kilomètres carrés). Il en découle une responsabilité évidente en matière de conservation marine, pour l’instant, la France n’est pas à la hauteur de l’enjeu.
Nous sommes régulièrement rappelés à l’ordre par la commission européenne pour le laxisme de nos contrôles et les pêcheurs sont encore trop souvent perçus en France comme de courageux gaillards combattant les éléments déchaînés pour nourrir leur famille. Cette image d’Épinal ne correspond pas à la réalité actuelle.
L’essentiel de la pêche se fait aujourd’hui à bord d’engins ultra performants, utilisant des méthodes militaires (satellites, sonars, avions de repérage, lignes et filets allant jusqu’à 150 kilomètres de long, chaluts pélagiques raclant les fonds marins, détruisant tout sur leur passage, etc… ). Les navires de pêche industrielle (celle là même qui permet aux gens vivant loin des côtes de trouver du poisson au supermarché du coin) traquent dans les moindres recoins du globe toutes les espèces potentiellement commercialisables et gaspillent au passage une quantité indécente d’espèces non comestibles.
Je ne pense pas que le public se rende compte de l’ampleur du problème et de la gravité de la situation. La gestion des océans telle qu’elle est menée aujourd’hui est éthiquement, écologiquement et économiquement intenable. Et si le consommateur demeure indifférent au problème et se contente de consommer ce qu’on lui propose sur les étals des poissonneries sans mesurer le coût écologique que cela implique, on ne s’en sortira pas car je ne pense pas que les politiques prendront les décisions qui s’imposent.
Le changement est plus susceptible de venir de l’opinion publique, mais nous n’avons plus beaucoup de temps…
Aux portes de l'Europe, comment expliquez-vous ce retour à la pêche à la baleine en Islande ? Comment réagir ?
L’Islande (tout comme la Norvège et le Japon) viole impunément le moratoire global sur le commerce de viande de baleine entré en vigueur en 1984.Une poignée de chasseurs de baleines prétend représenter l’identité islandaise, mais la réalité est toute autre : très peu d’Islandais, tous âges confondus consomment de la viande de baleine et 80% des islandais de moins de 20 ans déclarent n’y avoir jamais goûté.
Les opposants à la chasse à la baleine sont nombreux en Islande même, à commencer par les professionnels du Whale Watching (tourisme baleinier) qui ont compris depuis longtemps que les baleines ont plus de valeur vivantes que mortes. D’ailleurs, faute de marché intérieur, l’essentiel des baleines massacrées est exporté vers le Japon. La chasse à la baleine perpétrée par la Norvège et par l’Islande est une problématique à laquelle Sea Shepherd souhaite s’attaquer de nouveau. Le problème est que les violations des lois de conservation sont innombrables et que nos moyens d’intervention sont eux, très limités.

En Europe aux Iles Féroés, on continue le massacre des globicéphales noirs, que fait l'Europe ?
Et bien, l’Europe ne fait pas grand-chose contre le massacre de globicéphales aux Iles Féroés. L’équipe de football des Féroés a affronté la France il y a quelques semaines à Gimgamp, et à cette occasion, les médias ont relayé des informations purement touristiques au sujet des Féroés.
On a pu ainsi voir au JT de 20h00 de TF1 un charmant petit reportage sur la beauté naturelle de l’île, ses petites maisons, ses troupeaux de moutons, ses habitants si accueillants... Pas un mot sur ce qui est aujourd’hui l’un des massacres les plus sanglants et les plus abjectes de mammifères marins au monde. Des familles entières de globicéphales sont décimées à coup de couteau au cours d’une boucherie ignoble à laquelle participent tous les habitants du village, y compris les enfants. Ces mêmes enfants ont parmi les plus hauts taux de retard mental et déformations congénitales au monde du fait de la viande de globicéphale très toxique (mercure et métaux lourds hautement cancérigènes).
>> Suite de l'interview de Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France