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Pierre-Eric DESEIGNE, plongeur souterrain

Pierre-Eric DESEIGNEBonjour Pierre-Eric, peux-tu te présenter ?

En tant que plongeur, je suis avant tout chose, un plongeur souterrain. Bien que j'adore plonger en mer, faute de n'avoir qu'une vie, je me consacre essentiellement à la plongée souterraine. Et plus précisément, à la découverte de galeries vierges, inconnues des autres « congénères »...!

En effet la spéléologie est l'une des rares activités où il soit encore possible de découvrir les derniers fragments de « Terra Incognita » de notre planète. J'ai été très impliqué dans l'enseignement aussi bien de la plongée que de la plongée souterraine, mais j'avoue que depuis quelques années, ma fibre pédagogique s'est émoussée. Je me consacre essentiellement à l'exploration et au partage de ma passion, au travers des récits de ces plongées.

Comment es-tu arrivé à la plongée souterraine ?

Pas curiosité...! Lorsque j'ai commencé la plongée, je me disais que jamais je ne plongerais sous terre. L'ignorance et la bêtise me conduisaient au même constat irréfléchi, « la plongée souterraine c'est un truc de fous, de malades, d'inconscients ».

Heureusement, mon point de vue a évolué. Avant de passer le BBES 1, j'avais envie de m'enrichir techniquement et je me suis dit que la plongée souterraine tout compte fait serait sans doute pas mal. De plus, j'avais commencé à plonger en eau douce, en carrières et j'appréciais ces lieux atypiques. Donc j'ai assisté à un premier stage au printemps, dans le Lot. J'ai été emballé aussi bien par l'ambiance, par l'esprit et par le type de plongée. J'ai effectué un second stage à l'automne qui a confirmé ma passion naissance pour cette activité. Contrairement à mes craintes, j'ai été accueilli chaleureusement dans ce milieu qui avait une réputation d'un monde clos et hermétique. J'y ai découvert des personnes passionnées et passionnantes. Depuis, cette époque, il y a quinze ans déjà, je reste toujours aussi mordu par cette activité. Même si mon approche et mon investissement dans l'activité évoluent avec le temps.

L'une des raisons de mon attachement à cette activité tient dans sa philosophie, dans l'approche qu'elle permet d'avoir par rapport non seulement à la plongée mais aussi au monde. Hormis la passion pour l'eau et pour le milieu souterrain, « ma pratique » de la plongée et de la plongée souterraine est une pratique qui sort du schéma traditionnel de la plongée mer. Sans la critiquer, la plongée loisir, s'est inscrite en partie dans la grande démarche consumériste actuelle. Les plongeurs formés, plus ou moins biens, plus ou moins vites, viennent chercher une prestation. D'ailleurs, cette tendance commence à se faire sentir dans le milieu souterrain. Pour ma part, je fuis cette approche, elle ne me convient pas. Et la plongée souterraine me permet de satisfaire facilement ce besoin, de plonger avec qui je veux, quand je veux, où je veux, comme je veux. Je peux savourer ce goût de liberté qu'il n'est pas possible d'avoir, pour des raisons logiques et évidentes, dans un centre de plongée. C'est d'ailleurs pour ça qu'aujourd'hui, je pratique le plus souvent la plongée mer, comme la plongée souterraine, en partant du bord, afin de retrouver et de conserver cette liberté.

Plongée Souterraine Ressel

Quel est le matériel spécifique pour ce type de plongée ?

La règle de base est la « redondance ». Il existe deux grandes écoles, deux « philosophies » pour simplifier l'école Américaine et l'école Européenne. Au minimum, nous doublons les éléments vitaux, bouteilles, détendeurs, éclairage. En cas de défaillance d'un élément, le plongeur doit disposer d'un second ensemble, pour ressortir. Après, selon la distance et la profondeur parcourue dans le siphon, il est possible et souhaitable d'emporter d'autres bouteilles afin d'accroître son autonomie.

Le casque qui sert à se protéger des chocs et à supporter les lampes est un élément emblématique de la plongée souterraine. Néanmoins, il est possible de s'en passer (école américaine) et de porter le « phare » sur la main.

Aujourd'hui, l'utilisation du recycleur s'est répandu dans les siphons. L'utilisation du scaphandre « ouvert » se limite à certains siphons et à certaines plongées. Mais la tendance générale est au recylceur, pour des raisons de confort, de sécurité, d'autonomie. Même si son utilisation est un peu plus délicate qu'en circuit ouvert, il confère une autonomie qu'il est très difficile d'atteindre avec des bouteilles. En cas d'incident, cela assure une tranquillité d'esprit qui permet de mieux gérer la difficulté. L'apparition du recylceur aura été une véritable révolution dans la pratique de la plongée souterraine et je suis très heureux d'avoir la chance de vivre cette mutation.

Quels sont les problèmes spécifiques à ces plongées ?

La spécificité qui conditionne toute l'approche technique est la présence du fameux plafond. En cas de problème, le plongeur ne peut pas remonter à la surface, il doit rebrousser chemin. D'où l'utilité de disposer de réserves d'air conséquentes pour atteindre cet objectif.

A cela vient s'ajouter, la visibilité qui peut se dégrader brutalement. Le siphon est en général un lieu vivant, malgré les apparences. Souvent, le sol est recouvert d'argile, de sédiments, de particules qui peuvent se soulever au passage du plongeur, ou à cause du débit de l'eau. Donc, la visibilité peut passer de limpide à nulle en quelques secondes. Cela conditionne beaucoup de choses et notamment la pose d'un fil d'Ariane afin de ne pas perdre le sens de la sortie.

A cela, il faut ajouter les rétrécissements possibles dans certaines parties de la galerie, l'absence de lumière naturelle, le courant, le froid (selon les zones géographiques). Un monde totalement diffèrent de la mer, mais un milieu dans l'ensemble assez stable et assez prévisible dans la grande majorité des cas.

Plongée Souterraine Fonvive

Quelle faune et flore peut-on découvrir ?

Ha ha...! Question traditionnelle du plongeur mer …! Aucune, rien, c'est le désert, minéral...! En absence de lumière naturelle, la vie ne se développe pas dans les rivières souterraines, hormis aux entrées de siphons, disons, à la sortie de la rivière souterraine, lorsqu'elle rejoint l'air libre.

Néanmoins, dans certaines conditions, les poissons peuvent s'enfoncer assez loin dans les siphons, volontairement ou involontairement. Il est possible de rencontrer des poissons perdus, des anguilles, des crapauds même, emportés par le courant. Il existe une faune, minuscule, composée de petites bêtes, dont le niphargus est le plus représentatif qui est un crustacé amphipode. Il existe aussi quelques exceptions comme les siphons de Slovénie où il est possible de rencontrer le Protée, la « salamandre des grottes », de la famille des Proteidae.

Mais globalement, il n'y a pas grand chose à voir de ce côté là. La beauté est « géographique », minérale. L'eau est une véritable artiste, elle sculpte la roche avec une variété de formes, de couleurs, de nuances, absolument hallucinantes. Il est possible de passer de galeries gigantesques, avec des blocs de roche gros comme des voitures, à des galeries intimes, avec de la roche découpée comme de la dentelle.

Quels sont tes conseils à un débutant qui souhaite découvrir la plongée souterraine ?

Aborder l'activité avec modestie et humilité, ne pas rechercher le frisson et l'adrénaline. La plongée souterraine est une affaire de sensations, non pas de sensations fortes, mais de plaisir des sens. Cela peut aussi être une sorte de philosophie de la vie, un peu comme la haute montagne. Pour celui qui sait être attentif et à l'écoute de soi-même et du monde, la sensation perçue lorsque l'on plonge, seul dans un siphon, est extraordinaire. Vous sentez alors la véritable dimension de l'univers, votre insignifiante fragilité et petitesse et l'immensité infinie du monde. Cela peut paraître paradoxal, mais être enfermé dans une rivière souterraine noyée peut ouvrir l'esprit sur l'infiniment petit et l'infiniment grand. Donc, c'est ça le conseil que je donnerais à un débutant, de chercher ça.

Maintenant, chacun cherche ce qu'il veut. D'autres seront plus portés sur le défi technique, sur la débauche de matériel. Chacun son truc. Pour apprendre, les fédérations de spéléologie et de plongée proposent des formations dispensées par des bénévoles tout aussi passionnés que compétents. Il existe depuis peu, des moniteurs professionnels qui offrent eux aussi des formations de qualité.

Plongée Souterraine« La plongée souterraine » un guide pour les spéléos, pourquoi ce livre ?

En premier lieu, ce livre est né du plaisir et de la volonté de partager, de transmettre. C'est sans doute l'une des plus belles choses que nous puissions faire, offrir aux autres ce que nous savons. Ce livre est aussi la synthèse de tout ce que j'ai appris, d'années de réflexions, d'expériences. Je n'ai rien inventé, j'ai repris tout ce que mes « maîtres » ont expérimenté et validé par des milliers de plongées.

Au départ, il ne s'agissait que des supports de cours pour les élèves. Comme il n'existait pas vraiment de manuel spécifique en France, sur la plongée souterraine, l'idée de proposer cette « compilation » pour en faire un véritable guide est venue assez vite. Les éditions Ulmer ont tout de suite accueilli le projet avec enthousiasme. L'idée était aussi de proposer un livre vivant, une expérience personnelle. Entre deux considérations techniques, nous avons glissé des récits « d'aventures » vécues qui illustrent les propos plus didactiques.

Enfin, je ne remercierais jamais assez les photographes spéléo qui m'ont fourni des images fabuleuses sans lesquelles le livre n'aurait pas cette qualité.

Quel est ton plus mauvais souvenir de plongée ?

Où là...! Le dernier forcément qui aura tendance a effacer les autres...! Non, je n'en ai pas un en particulier plus violent que les autres. Mais j'ai une série de souvenirs d'explorations, où le prix physiquement et mentalement à payer pour découvrir quelques mètres de galerie vierge aura été particulièrement fort. Mais disons qu'une exploration en fond de trou, dans le Jura a été assez « sauvage », j'ai eu très froid et ensuite, comme j'étais vidé, le retour à la surface aura été interminable.

Je peux aussi conter une plongée assez profonde, dans le Jura, dans une eau à 6°, où j'ai été malade aux paliers, à me vider copieusement. Là, j'en ai bavé. Il m'est arrivé assez souvent de penser à tout arrêter après des plongées dures, mais jusqu'à présent, à peine de retour en surface, l'envie d'y retourner l'emporte sur les « mauvais souvenirs ».

Quel est le meilleur ?

Là encore, il est difficile de répondre. Il y en a tellement. La dernière exploration, dans la grotte de la Sexa a été un moment humain extraordinaire, avec une équipe de folie et en plus une belle découverte de plusieurs galeries vierges.

Pour l'exploration, sans doute la découverte des siphons de la grotte de Corveissiat, où une sorte d'euphorie s'est emparée de nous (Hervé Cordier et de moi) au fur et à mesure que nous avancions. Rien ne nous arrêtait, la galerie s'ouvrait devant nous, la visibilité était exceptionnelle pour cette cavité. Tout se passait bien, l'entente entre les deux plongeurs, le plaisir de voir Hervé faire sa première grosse première. Un immense moment d'exploration et de plaisir partagé..!

Et pour finir, au niveau des sensations pures, une plongée au Ressel, seul, en recycleur, dans la galerie basse, avec une visibilité de folie. Un moment intense, pur, une véritable osmose et communion avec l'univers.

Merci Pierre-Eric
Vous pouvez retrouver Pierre-Eric sur son blog dédié à la plongée souterraine bien sûr !

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