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Patrice HERAUD réalisateur et reporter photographe (suite)

>> Début de l'interview de Patrice HERAUD

Comment les autorités chinoises réagissent à cette hécatombe dont elles sont à l'origine ?

On pense que le début de la consommation d’ailerons de requins dans la culture chinoise remonterait à la dynastie SONG c'est-à-dire entre l’an 960 et l’an 1279 ! Depuis la soupe à base d’aileron de requin est devenue un plat populaire que l’on ne retrouve pas uniquement dans les restaurants mais qui est consommée lors des mariages, anniversaires etc. C’est un des mets préférés des hommes d’affaires chinois. Mais la Chine, en plus de pratiquer elle-même le shark finning, importe énormément. Pour vous donner un ordre d’idée, en 2003 et 2004, on estime que plus de 13 millions de tonnes d’ailerons de requins secs (c'est-à-dire environ 77 millions de requins) ont été importés à Hong Kong par plus de 80 pays !

Je vous laisse donc imaginer quelle position les autorités chinoises peuvent adopter face à cet odieux massacre…

Etes-vous optimiste pour les années à venir ?

Malheureusement, absolument pas ! Comment peut-on aujourd’hui être optimiste quand on sait par exemple qu’en Australie, là où la population du grand requin blanc est suivie, 70% de ces animaux ont disparu en 10 ans ?

Entre la pêche industrielle excessive, la pollution qui ne cesse de croître (il faut savoir que la toxicité de certaines zones maritimes influent directement sur le développement et la reproduction des différentes espèces de requins), les filets de protection installés sur les plages à hauts risques d’Afrique du Sud, d’Australie ou des Etats Unis et des caractéristiques biologiques propres à certaines espèces de requins (comme par exemple une croissance lente, une maturité tardive ou de longs cycles de reproduction dans le cas du grand requin blanc), les menaces qui pèsent aujourd’hui sur les requins sont réelles et sérieuses. Au point que le Groupe de Spécialistes des Requins tout comme le Centre de Coopération de la Méditérannée ont conclu leur dernière étude par ces mots : « C’est un phénomène mondial : le requin est en grave déclin ». Globalement, la population de requins aurait diminué de plus de 50%.

Quels sont vos projets futurs ?

Je repars en Australie du 6 au 24 janvier 2010. Je prépare mon livre photographique sur le grand requin blanc qui réunira mes meilleures photos de cet animal réalisées sur une période de près de 10 ans. Et avec Yves Rénier, nous travaillons sur un tour du monde « Grand Requin Blanc » dans le cadre d’un projet de film.

Plongeur, quel est votre plus mauvais souvenir de plongée ?

Une plongée avec les requins blancs au cours de laquelle nous avons eu une panne de treuil alors que nous nous trouvions à 27 mètres de profondeur entourés de 4 grands requins blancs ! Au moment où nous avions décidé de remonter et que nous avions effectué le signal, il ne se passa rien ! La cage restait immobile sur le fond alors que nous commençions à rentrer en zone de paliers (ce que nous évitons systématiquement de faire puisque nous réalisons 3 plongées par jour, et ce, quelques fois sur 10 jours si par chance les requins blancs sont là).

Ce n’est qu’au bout de plus de 15 minutes supplémentaires alors que nous étions passés tous les 3 sur les blocs de secours dont est équipée la cage, que le treuil a pu être réparé et que nous avons pu amorcer notre lente et longue remontée vers une surface devenue salvatrice !

Quel est le meilleur ?

Ils sont nombreux ! Mais si je devais n’en retenir qu’un, cela serait probablement une plongée extraordinaire réalisée sur les grands requins blancs australiens en compagnie de Carl Roessler, un photographe américain travaillant pour le National Geographic et avec qui j’ai partagé des centaines d’heures de plongée sur cet animal depuis 1999. Ce jour là la météo était très mauvaise, nous venions d’affronter une terrible tempête au large de l’Australie et plus de la moitié de l’équipe était malade. Pourtant, un énorme requin estimé à plus de 5 mètres ne cessait de tourner autour de notre navire. Nous avons décidé avec Carl de nous mettre à l’eau dans la cage de surface. Ce grand requin était une femelle qui pendant plus d’une heure nous a gratifié d’un véritable show fait de proximité, de douceur et d'intérêt pour ces 2 plongeurs perdus dans leur cage au milieu d’une mer démontée. Et puis soudain, la femelle s’est retournée et est venue ouvrir la gueule face à nous mais, étrangement, sans le moindre soupçon d’agressivité (voir photo jointe). Et là, le moment est devenu magique quand, dans la même position et sans bouger, ce requin s’est laissé caresser sous la gueule et ce pendant plusieurs minutes.

Patrice HERAUD en cage avec un grand requin blanc

Quand des journalistes nous interrogent sur cette passion et ces moments partagés, voici ce que leurs répond Carl : « Qui peut comprendre notre besoin de retourner sans cesse vers un être aussi fascinant et redoutable ? Personne justement ! Patrice et moi pouvons mettre de côté tout confort – repas, sommeil, fatigue … - rien que pour saisir la beauté de ces animaux. C’est difficile à faire comprendre. Comme ces soldats qui ne peuvent partager certains souvenirs de combat qu’avec leurs frères d’armes ».

C’est justement ce souvenir que je souhaitais vous faire partager pour vous montrer à quel point le grand requin blanc est parfois bien loin de ces clichés de monstre sanguinaire qui lui colle tellement à la peau.

Merci Patrice !

Vous pouvez également retrouver Patrice HERAUD sur son site.

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