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Pascal GARNIER d'ARTS OCEANS

Pascal GARNIER d'ARTS OCEANS

Bonjour Pascal, peux-tu te présenter ?

Plongeur depuis l’âge de 14 ans, j’ai tout d’abord fait mes classes comme apprenti chasseur sous-marin en Bretagne. Ensuite, formation après formation, j’ai atterri à Bormes les Mimosas au Club de la Favière chez Roland Blanc comme moniteur pendant plusieurs années.

Je garde de très bons souvenirs de ces étés et des plongées sur les épaves du Vars et des sites de Port Cros.

Les récifs coralliens me fascinaient, comme la plupart des plongeurs, je dévorais les émissions de Cousteau. Alors, une fois mon diplôme d’Instructeur PADI en poche, je suis parti à l’international, 15 ans de plongée non stop autour du monde.

Vers 35 ans, j’ai posé mes palmes, me suis marié et je suis père de trois filles (qui sont déjà plongeuses). Dix ans de pose entrecoupés de quelques plongées en vacances.

A 50 ans, j’ai envie de retourner à mes premières amours : l’océan ne m’a jamais quitté, alors pourquoi ne pas transformer ma passion en un métier ?

De là, la naissance d’Arts Océans : Société tournée vers la découverte des océans et la réalisation de supports graphiques, d’illustrations pour un large panel de segments tels que décoration public/privé, livres, carnets de voyage, produits dérivés, support pédagogique, etc… 

D'abord photographe et maintenant peintre, comment passe-t-on de l'un à autre ?

Je reste photographe sous-marin lors de mes périples sous les océans. Depuis 30 ans, j’ai réalisé de nombreux clichés. Je les visionne de temps à autres, ils me permettent de m’évader lors des périodes où je reste au sec, ou quand le stress du boulot devient trop pesant.

Les photos sont souvent, très souvent, limitées par les contextes naturels, la visibilité, la lumière, les sujets qui ne se prêtent pas facilement aux poses ou à l’angle optimal… Enfin, rares sont les clichés sur lesquels tout colle parfaitement, à moins d’être un champion dans le domaine.

J’ai toujours aimé le dessin, croquis après croquis sur mes carnets de plongée, j’en suis venu à essayer la peinture à l’huile. Après quelques essais, il m’est apparu sympathique de pouvoir mettre en scène les sujets et l’ensemble des paramètres comme la lumière, les décors, etc…

Les premiers tableaux ont reçu un accueil très favorable auprès des plongeurs qui ont fréquenté mes centres de plongée aux Seychelles, ensuite la photo n’a servi que de documentation.

De plus, combien de photographes se disputent les pages de magazines ? N’ayant pas leur talent je me suis glissé dans un domaine où il y a moins de concurrence, essayant d’apporter une autre vision de la faune et de la flore du monde des océans.

Qu'apporte la peinture par rapport à la photo ?

La maitrise de la scène, des couleurs, de l’angle de la lumière, la peinture offre une liberté totale et ne dépend pas des conditions météo ou du bien vouloir du poisson convoité.

La photo n’est pas l’unique élément de la composition de mes toiles, j’utilise mes croquis, mes notes prises pendant les voyages, internet, ou mon inspiration suivant l’humeur.

La photo est la première étape de mon cheminement artistique, elle me permet de saisir les sujets ou les paysages qui me serviront en partie d’inspiration.

Comment travailles-tu ?

Durant de nombreuses années mes toiles ont suivi l’inspiration du moment. Depuis deux ans, j’ai décidé de structurer mon travail, de me concentrer sur une zone géographique en particulier et d’essayer de représenter une partie de la faune ou flore endémique à une région. Je réalise des carnets de voyage spécifiques à la plongée pouvant donner aux plongeurs un aperçu de ce qu’ils pourront voir sur les destinations, de les utiliser comme carnet, voire de les compléter par leur propre expérience, je pense même proposer de mettre à jour les carnets en fonction de leur retour d’expérience et partager le tout en téléchargement, ou en carnet. Et pourquoi pas, travailler en partenariat avec les TO sur ce sujet.

ARTS OCEANS

Secret de Fabrication :

Souvent, on me demande comment je peins, quelle méthode j’utilise. Alors, pour lever le secret, voici un petit descriptif de mon procédé de réalisation qui reste immuable depuis des années. Mon inspiration vient directement des rencontres que je fais lors de mes plongées. Le jour même, j’esquisse certains poissons, je prends quelques notes sur la couleur de l’eau, du sujet, des conditions de plongée. Une fois dans mon atelier, je rassemble mes dessins et photos, je fais quelques recherches complémentaires sur internet et pose sur une feuille de dessin les grandes lignes de mon projet.

ETAPE 1 J’enduis ma toile d’une couleur de fond et pose l’ébauche du dessin avec de la peinture acrylique.

ETAPE 2 Toujours en acrylique je travaille les contrastes afin de me donner une idée des ombres et lumière que je souhaite donner à la toile.

ETAPE 3 Le vrai travail à l’huile commence souvent par le fond puis le ou les sujets, pour trouver un regard, un caractère, les couleurs définitives.

ETAPE 4 J’entame la dernière phase : les décors, le contraste final et les retouches.

Qui sont tes clients ?

Arts Océans vient d’être créé, je n’ai pas encore le recul nécessaire pour répondre à cette question, mais mes prospects ciblés sont bien sûr et en premier lieu, les plongeurs et toutes les personnes ayant un attrait pour les océans et les habitants qui l’occupent, les décorateurs, architectes, aquariums publics, fondations, réserves marines, toutes entreprises publiques ou privées qui pourraient avoir besoin de support illustré marin pour défendre et protéger les richesses sous-marine de notre planète.

Arts océans sera une société à but lucratif mais aussi, je l’espère une plateforme permettant aux gens de se référer pour s’informer sur les espèces qu’ils pourraient potentiellement trouver sur tel ou tel site de plongée à une période donnée. Les carnets de plongée que nous sommes en train de réaliser auront trois fonctions principales :

  1. Décrire les sites de plongée que nous avons parcourus (conditions environnementales, espèces rencontrées, nos impressions, astuces d’identification entre des poissons semblables).
  2. Présentation illustrée et photographique du site ou poissons observés lors des plongées. Conditions d’observation ou comment rechercher. Je m’aperçois avec le temps que les plongeurs dévorent, courent sur les spots de plongée en ayant oublié de savoir prendre son temps pour découvrir et apprécier les richesses qui sont sous nos palmes.
  3. Proposer une petite encyclopédie d’environ 200 espèces de poissons les plus couramment observés sur la zone ou le pays décrit dans les carnets de voyages.

Plongeur, quel est ton meilleur souvenir de plongée ?

Arts OCEANS

Comme tout plongeur, il y en a des dizaines, un livre ne suffirait pas. Mais si je dois en sélectionner un, celui-ci se situe il y a 25 ans sur île de Desroches dans les Amirantes. Les tombants de l’île de Desroches se déroulent sur plusieurs dizaines de kilomètres autour de l’ile, plongeant directement à plus de 1000 mètres. En tant que moniteur, je consacrais une partie de mes plongées à trouver de nouveaux sites de plongée pour les touristes. Un matin, par mer d’huile, je me laisse tirer en surface derrière un pneumatique. Je longe et je scrute toute anomalie, sur le haut du tombant vers 12 mètres, qui pourrait être annonciateur d’un lieu intéressant. J’avais l’habitude d’explorer systématiquement tous les mois une partie du tombant suivant les conditions météo. Ce jour là, l’eau est transparente (plus de soixante mètres de visibilité) quand j’aperçois vers 25 mètres un immense dôme de sable au pied de la première marche du tombant. Je m’arrête. Embout en bouche, je me laisse glisser vers l’objectif, j’atterris sur la partie la plus basse du dôme vers 30 mètres. Je reste stupéfait devant le décor qui s’offre à moi, le dôme sur lequel je viens de me poser n’est que le socle d’une immense caverne invisible de la surface. Les tombants de l’Ile de Desroches présentent usuellement tunnels, arches, petites excavations, mais là, on pourrait facilement garer cinq ou six bus dans cette caverne. Je remonte le dôme de sable qui à sa base, accueille une compagnie de belles raies pastenagues à demi enfouies sous le sable. A ce stade, je pense « superbe, un nouveau site pour mes clients ». Mais je ne me rends pas compte que je suis observé, je suis rentré sur un domaine privé sans y avoir été invité. Tapis plus profondément dans l’ombre de la grotte, une masse énorme se déplace vers moi. Euphorique de ma découverte, j’observe les raies, projetant les photos potentielles du site, quand en un éclair une loche de plus de trois mètres vient se coller devant moi. Quel choc ! Surpris, j’en avale mon détendeur et même en étant un plongeur expérimenté, il me faut quelques secondes pour identifier l’inconnu et reprendre mes esprits.

Il me fait face, me perçant de ses yeux dorés, sa bouche est énorme, je crois que je pourrais y rentrer mon torse tout entier. Sans aucune crainte, il flotte devant moi, sa taille me paraît si démesurée que j’ai du mal à l’accepter. Remis de mes premières émotions, je me déplace et commence à l’examiner sur toutes les coutures. Le pépère doit dépasser les trois cent kilos, il est plus long que moi avec mes palmes de chasse.

Après plusieurs milliers de plongée sur ces tombants, je reste surpris de cette découverte. N’ayant pas mon Nikonos je ne peux le photographier, dommage je le contourne pour accéder plus profondément dans la caverne, mais cette tentative d’intrusion va être rapidement contrée par son propriétaire, il me rattrape et me barre l’accès à sa tanière en émettant un claquement sourd avec sa mâchoire. Conscient que je ne fais pas le poids je recule, mes réserves d’air s’amenuisant je quitte les lieux en me promettant d’y revenir avec lampes et appareil photo. Lors des plongées suivantes nous avons découvert une grotte se ramifiant sur plus de cent mètres sous le récif, mais je n’ai jamais revu cette superbe créature. Je pense qu’ayant profané son antre, il a préféré trouver une autre tanière plus profonde hors de portée des vilains explorateurs comme moi. Voilà un de mes plus beau souvenir de plongée.

Le plus mauvais ?

Là encore le choix des sujets pourrait être varié mes je vais vous décrire une plongée ou l’expérience et l’assurance peuvent jouer contre le meilleur des plongeurs.

Un week-end de fin septembre dans le Vars à Bormes les Mimosas, Un groupe de plongeurs est descendu de la région parisienne pour plonger sur les épaves, malheureusement mère nature en à décidé autrement : un fort vent d’Est réduit à néant toute activité de plongée.

Après un vendredi et samedi déplorable, les plongeurs n’en peuvent plus et nous pressent pour une sortie.

Première erreur 

Nous acceptons de les amener sur la Fourmigue, un ilot pas très loin où repose, par 20 mètres, une petite épave. Après un acheminement chaotique, nous réalisons la plongée sans aucun problème.

Une fois tout le monde à bord, je démarre notre pneumatique et demande à ce que l’on remonte l’ancre : impossible de la décrocher alors que j’avais ancré sur le sable.

Deuxième erreur

Confiant, je demande aux plongeurs de ne pas bouger, de laisser le moteur hors bord en marche, j’attrape un bloc et sans palmes, me jette à l’eau me halant sur la corde de l’ancre.

Troisième erreur

En arrivant au fond, à la main, je décroche l’ancre bloquée dans un morceau de rocher improbable en ce lieu. Au moment même où je décroche celle-ci, elle part comme une fusée, me laissant sur place. Trois secondes plus tard, panne d’air... Eh oui, ce n’était pas mon bloc. Dans l’action, je n’ai pas pris le bon. Me voilà sans air, sans palmes, sans bout pour remonter de 20 mètres dans une mer déchainée, je brasse vers la surface quand, presque arrivé, le zodiac me percute au front avec l’embase du moteur.

Je perds conscience quelques secondes. Les plongeurs sur le bateau m’ont repéré et sauté à l’eau pour me repêcher. Je reprends conscience quand ils me remontent sur le bateau. L’expérience me laissera deux souvenirs, une cicatrice au front en guise de mise en garde, et un profond respect pour la mer : quand celle-ci nous indique qu’elle ne veut pas nous ouvrir ses portes, mieux vaux rester au bar boire un thé et se raconter des histoires de plongées !

Merci Pascal

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