Bonjour Pamela, pouvez-vous vous présenter ?
Mon parcours a été guidé par le hasard mais surtout par une passion dévorante pour la mer et les cétacés. J'ai grandi en région parisienne et suivi un cursus en langues étrangères avant de me réorienter vers les arts puis la biologie. Parallèlement à ce tâtonnement, je me suis engagée sur le terrain en participant à des missions de suivi des mammifères marins, en France et à l'étranger, et auprès d'association oeuvrant pour la protection des océans.
Je suis partie un an au Canada en 2006/2007 où j'ai participé à des travaux sur les orques, les baleines à bosse, les rorquals communs et les rorquals bleus.
À mon retour, j'ai suivi mes aspirations en décollant pour la Polynésie : un opérateur de whale-watching cherchait une bonne âme pour encadrer les gens dans l'eau avec les cétacés. Voilà comment j'ai fait connaissance avec Alain ! Nous nous sommes rencontrés via une association dont j'étais à l'époque présidente : Nomades des Océans.
Je mets le pied à Tahiti en 2007 et embarque sur le voilier "La Vie en Bleu" pour vivre ma première saison des baleines ! Nous quittons bientôt l'île principale pour des eaux plus sereines, où les approches de cétacés ressemblent plus à de véritables rencontres qu'à des opérations commando.
Je passe mon premier niveau de plongée à Moorea et vogue en direction des îles Sous-le-Vent (Raiatea, Huahine, Bora-Bora) où nous jetons l'ancre pendant un an, jusqu'à la naissance de notre fille Kim fin 2008.
Début 2009, nous reprenons la mer en direction de l'archipel des Tuamotu, qu'Alain tient à me faire découvrir. Après quelques mois d'exploration nous mouillons à Rangiroa, au nord-ouest de l'archipel.
En janvier 2010, le passage d'une dépression tropicale suivie du cyclone Oli couche notre voilier à terre. Toute aventure commence par un naufrage... Nous nous installons dans un petit « fare » à terre et créons le Groupe d'Étude des Mammifères Marins, afin de donner un nom à notre passion commune.
Nous fédérons au sein du G.E.M.M. quelques grands noms du monde marin polynésien, comme Yves Lefèvre et Michael Poole.
Je profite des eaux idylliques de l'atoll pour passer mon deuxième niveau de plongée. Le troisième ne devrait pas tarder.
Dans le cadre de l'association, nous entamons une étude sur la population de grands dauphins (Tursiops truncatus) de la zone de Tiputa, qui a pris l'habitude d'interagir avec les plongeurs. En partenariat avec plusieurs clubs de plongée locaux (Rangiroa Plongée, Raie Manta Club), nous essayons de comprendre ces rencontres exceptionnelles afin de leur donner un caractère durable.
Nous avons en effet constaté des débordements (toucher) entraînant des comportements de plus en plus agressifs de la part de certains mâles. De plus, certains dauphins sont porteurs de dermatoses transmissibles à l'homme. Nous voulons enfin éviter une issue dramatique, comme le témoigne l'histoire d'un requin citron habitué à être « feedé », devenus trop familier et récemment abattu.
Parallèlement aux travaux de surface, nous avons mis en place un système d'identification sous-marin des dauphins en nous équipant sommairement : un petit compresseur, deux équipements de plongée et une petite caméra H.D. avec caisson.
Enfin, nous proposons des stages et des expéditions en voilier à la découverte de la faune sous-marine exceptionnelle de cette partie du globe.

Pourquoi cette passion pour les cétacés ?
Question à laquelle je n'ai jamais vraiment su répondre. Antérieure à la sortie du "Grand Bleu", elle fait peut-être référence à des images vues dans ma prime jeunesse. Ma passion pour les cétacés correspond également à une curiosité pour leur environnement, qui me paraissait à l'époque mystérieux et hostile. Ma première "grande rencontre" sous-marine avec des globicéphales m'a confortée dans cette voie.
Qu'est-ce qu'un guide naturaliste ?
Je ne suis pas certaine que le terme soit « officiel ».
Selon moi, les principales caractéristiques d'un guide naturaliste sont sa passion et sa curiosité. Puis une volonté de partager ses découvertes et son expérience, de pénétrer l'intimité de la nature, de cultiver la patience qui ouvre les portes aux plus belles rencontres.
Nos expéditions me donnent également l'opportunité d'approfondir mes connaissances et de profiter des émotions liées à chaque observation.
Il m'est arrivé plusieurs fois de demander à des personnes ayant participé à des sorties de type "baleines garanties" ce qu'elles avaient vues : la plupart ne savaient pas quelle espèce de baleine elles avaient rencontrées...
Je pense qu'il faut différencier le tourisme nature du tourisme « repeint en vert ».
Ce type de voyage devrait aider les gens à se déconnecter de leur quotidien en les plongeant dans celui des baleines : sans tomber dans un décalage mystique, ces animaux ont beaucoup de choses à nous apprendre. Encore faut-il les regarder avec nos yeux, et non comme nous aimerions qu'ils soient.
Qu'est-ce que le GEMM ? Ses objectifs ? Les stages ? Les expéditions ?
Le G.E.M.M. (Groupe d'Étude des Mammifères Marins : www.gemmpacific.org)
est une association à caractère scientifique et culturel qui travaille à
une meilleure connaissance des cétacés et de leurs écosystèmes, à leur
conservation et à la médiation homme-animal.
Les stages nous permettent de partager les informations que nous recueillons sur le terrain et de mettre en pratique les conseils que nous proposons afin d'améliorer les rencontres hommes-cétacés. Nous travaillons pour le moment à Rangiroa (archipel des Tuamotu) sur l'approche des grands dauphins et dispensons cette formation à tous ceux qui désirent approfondir leurs plongées : Qui sont ces dauphins ? Quelques clés pour pouvoir interpréter leur comportement...
Nous animons une partie théorique complétée par une ou des plongées. Pour les non-plongeurs, nous proposons également des approches en snorkeling.
Les expéditions (www.croisierebaleine.com) nous permettent un suivi régulier des mammifères marins des eaux polynésiennes. Nous invitons toute personne intéressée à participer à nos campagnes d'observation. Elles nous permettent de financer nos travaux, de passer du temps sur le terrain et donc de mieux connaître les habitudes des cétacés locaux pour mieux les protéger. Elles donnent enfin la possibilité aux participants de rencontrer ces animaux dans leur milieu naturel.
Nous proposons deux types d'expéditions : "Baleines à bosse" (archipel de la Société), d'août à novembre, où nous privilégions l'approche en snorkeling.
"Grands prédateurs du Pacifique Sud" (archipel des Tuamotu), d'avril à juillet, où nous privilégions l'approche en plongée.
