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Pamela CARZON, guide naturaliste (suite)

>> Début de l'interview de Pamela CARZON guide naturaliste

Comment se fait l'approche des cétacés ?

Tout dépend du temps, du lieu, de leur activité et de l'espèce rencontrée. Les habitudes sociales des cétacés varient selon les espèces, d'où l'intérêt d'une solide expérience de terrain : nous n'agissons pas de la même manière avec un groupe de dauphins à long bec, des fausses-orques ou des globicéphales.

Autour des îles hautes, les dauphins à long bec de Gray (Stenella longirostris longirostris) ont l'habitude de se regrouper dans les baies ou les lagons au petit matin.

Ils y sont protégées des prédateurs et s'y reposent suite à leurs chasses nocturnes. Il est déconseillé de les approcher trop tôt, car on risque de les déranger en période de repos. Plus tard dans la matinée ou en début d'après-midi, ils sont généralement plus réceptifs.

Autour des atolls des Tuamotu, les dauphins à long bec ont tendance à être moins côtiers et plus mobiles.

Pour ce qui est des baleines à bosse (Megaptera novaeangliae), les facteurs à prendre en compte sont les mêmes : quelle est leur phase d'activité ? Avons-nous affaire à un couple mère-jeune ?

À des adolescents ? À des mâles rivaux ? À un trio mère-jeune-escorte ? À un mâle chanteur ?

Tous ces détails sont à prendre en compte pour maximiser les chances d'une rencontre réussie. Il est par exemple inutile de poursuivre un animal qui vous fuit et dangereux de séparer une mère de son petit.

Je me souviens de l'une de mes premières rencontres : le baleineau était très curieux et joueur, il venait à proximité de notre embarcation, nous observait et roulait sur le dos. Puis il s'est mis à effectuer une série de sauts, visiblement excité. Sa mère a disparu et nous avons commencé à nous inquiéter... C'est alors qu'elle a fait surgir ses 40 tonnes hors de l'eau à quelques mètres du Zodiac, retombant avec fracas dans une gerbe d'écume en provoquant des vagues qui nous ont chahuté pendant un bon moment. Puis elle a recommencé.

On s'est dit : « Ok, on vous laisse tranquille, on rentre ! ».

La saison suivante, nous nous sommes retrouvés malgré nous dans une bagarre de mâles : 5 torpilles déchaînées qui passaient entre nous et le récif à pleine vitesse, frôlant la coque à quelques centimètres. Ces animaux ont heureusement une très bonne perception de leur environnement !

À Moorea il y a deux ans, un touriste a essayé de caresser un baleineau qui lui a asséné un coup de queue dans les jambes. Il a fini ses vacances dans une chaise roulante.

Nous observons parfois des comportements aberrants, comme des embarcations qui montent sur le dos des cétacés ! Ces animaux sont très patients mais il reste sauvages et puissants.

De plus ils viennent dans nos eaux pour se reproduire. Si nous les dérangeons à outrance, nous risquons de perturber cette phase importante de leur existence.

Depuis 2002, il existe en Polynésie une réglementation régissant l'approche des mammifères marins. Cette dernière est très claire : lorsque le navire approche, il doit s'arrêter à 50 mètres pour les baleines et 100 mètres si un baleineau est présent. 30 mètres pour les dauphins et autres mammifères marins.

L'expérience nous montre qu'il est inutile de forcer le contact. L'animal viendra de lui-même s'il en a envie.

Requin

Actuellement en Polynésie française, quel état faites-vous de la faune et de la flore locale ?

La Polynésie est une oasis au milieu du Pacifique Sud : 121 îles et atolls dispersés comme des confettis sur 5 millions de kilomètres carrés d'espace maritime.  Du fait de sa situation extrême, la biodiversité y est moindre que dans les eaux continentales. Cette même situation en fait cependant un espace davantage protégé.

De nombreux atolls sont inhabités et devraient être classés réserves intégrales.

Avec ses 250 000 habitants, le trafic maritime y est peu intense. Ainsi des espèces remarquables sont encore découvertes dans ses eaux, comme le petit rorqual de l'Antarctique (Balaenoptera bonaerensis) et le petit rorqual nain (Balaenoptera acutorostrata), identifiés en 2005 et 2007.

Les dauphins étaient autrefois chassés aux Marquises, les baleines aux Australes.

Les cétacés profitent aujourd'hui d'un sanctuaire où ils nagent en relative tranquillité : le principal dérangement (visible) est certainement dû au développement d'un tourisme baleinier anarchique dans les îles fréquentées (principalement Tahiti et Moorea).

La pêche aux requins (excepté celle au requin mako) est interdite depuis 2006.

Des ailerons ont cependant été saisis à Papeete en 2009. Le requin océanique (Carcharhinus longimanus), appelé localement « parata », est de plus en plus rare et les individus observés sont de plus en plus plus petits. Les pêcheurs n'hésitent pas à harponner les requins pris dans leurs pièges à poissons, même les inoffensifs requins pointes-noires ou requins nourrices. Un vrai gâchis !

La surpêche commence également à faire ses ravages : certains lagons sont pillés et le poisson envoyé à Tahiti. Des pêcheurs eux-mêmes témoignent : il y a de moins en moins de poissons et ils sont de plus en plus petits. Idem pour les crabes de cocotier, que l'on trouve en vente dans les grandes surfaces...

La situation des tortues est déplorable : malgré la loi, les tortues vertes (Chelonia mydas) sont braconnées et vendues à prix d'or. Leur consommation est très populaire et demeure un enjeu électoral. Elle ont quasiment été exterminées.

Le corail, stressé par la pollution issue des vallées (îles hautes) et détruit par les intempéries, subit les assauts des « taramea » ou Acanthaster, grosses étoiles de mer dont les prédateurs naturels ont été décimés. Dans certaines îles de la Société, le pourtour corallien est dévasté. Il est en bien meilleur état dans l'archipel des Tuamotu.

Quels sont les cétacés que l'on peut y rencontrer ?

Une vingtaine d'espèces ont été identifiées dans les eaux polynésiennes. Certains spots sont particulièrement réputés car ils abritent des populations sédentaires : grands dauphins (Tursiops truncatus) dans l'archipel des Tuamotu, dauphins d'Électre (Peponocephala electra) aux Marquises, baleines à bosse (Megaptera novaeangliae) aux Australes et dans l'archipel de la Société (en saison), dauphins à long bec (Stenella longirostris).

Il est cependant possible de croiser des animaux moins sédentaires, pélagiques ou plus difficiles à repérer : rorquals, grand et petits cachalots, baleines à bec, orques, fausses-orques, orques pygmées et globicéphales tropicaux, dauphins de Risso, dauphins de Fraser, dauphins tachetés, dauphins à bec étroit.

En juin s'est tenue une réunion de la CBI à Agadir, que pensez-vous du compromis pour un quota de chasse et au final de l'absence de décision ?

Je pense que la C.B.I. devrait adopter une attitude plus protectrice : le concept de quotas n'est pas adapté à la situation actuelle.

Les connaissances sont insuffisantes sur bon nombre de populations de cétacés et les pays chasseurs s'engouffrent dans ces failles pour justifier des activités douteuses.

Beaucoup de choses sont dîtes mais peu d'actions concrètes en découlent. Il s'agit plus d'orgueil et de mauvaise foi que de conservation.

Que pensez-vous des interventions de Sea Shepherd en Antartique contre les navires de "scientific research" japonais ?

Heureusement que certaines personnes privilégient l'action concrète aux grands discours. Nous soutenons complètement ce type d'initiative, qui nous permet notamment de pouvoir continuer à observer des baleines dans nos eaux.

Raie Manta

Plongeuse, quel est votre plus mauvais souvenir de plongée ?

C'est une bonne question : je n'en ai pas !

Quel est le meilleur ?

Les meilleures sont celles où s'enchaînent les observations, comme si elles avaient été écrites et montées. Et celles où l'on découvre le poisson que l'on n'avait jamais vu auparavant, caché dans un recoin de corail.

Je me souviens d'une de mes premières plongées à Rangiroa : raies manta, raies léopard, napoléons, requins gris, tortues imbriquées et un groupe de grands dauphins en final. Chacun à tour de rôle.

Mais aussi ma première plongée « dans le bleu », où je me suis retrouvée « poursuivie » par une horde de requins gris, requins soyeux et requins à pointes blanches de récif. Un véritable western !

Pour ce qui est de mon meilleur « snorkeling » il date de l'année dernière, lorsqu'en naviguant tranquillement à la voile nous sommes tombés sur une baleine et son petit au repos. Alain venait de se faire mordre le pied par un thazard et était interdit de baignade !

Je me suis donc retrouvée seule dans l'eau avec les cétacés qui me tournaient autour, me défiguraient de leur oeil rond et me frôlaient de leurs nageoires. Le baleineau, une femelle, a fait mine de m'attraper entre ses pectorales tandis que sa mère surveillait la scène du haut de ses 15 mètres. Deux heures durant dans une lumière de fin d'après-midi. Titanesque !

Ici c'est comme ça. On peut plonger dix fois et ne « rien voir », ou une fois et se trouver nez-à-nez avec un requin tigre et un requin marteau...

La nature est une réserve sans fin d'innocence et d'émotion... Un peu de patience, et tout peut arriver !

Merci Pamela !

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