Bonjour Francis, pouvez-vous vous présenter ?
Bonjour, je suis un (vieux) plongeur scaphandrier de 62 ans qui pratique encore et toujours son métier avec passion.
Le plaisir d’évoluer sous eau m’est je crois venu très tôt, car je me rappelle (vaguement) qu’à l’âge de 5 ou 6 ans je m’amusais déjà à sauter du tremplin et à rejoindre ensuite le bord du bassin en nageant sous eau car je ne parvenais pas encore à flotter. Mais ce qui a vraiment déclenché le déclic en moi, c’est le film « Le monde du silence » de J.Y.Cousteau que j’ai vu au cinéma en 56 ou 57. J’étais fasciné par ces hommes qui respiraient et évoluaient ainsi sous eau.
Quelques années plus tard j’ai commencé à travailler car je n’avais pas la bosse des études. Il y avait là, deux adultes qui pratiquaient déjà la plongée sportive et plus d’une fois, j’ai pu les accompagner lorsqu’ils allaient plonger en zélande (bras de l'Escaut orientale en Hollande).
Evidemment, cela augmenta encore mon envie et bien naturellement j’avais demandé à mes parents de pouvoir m’inscrire dans l’un des rares clubs de plongée de l’époque. Malheureusement, ce sport était trop onéreux pour leur bourse et comme on peut s’en douter, la réponse fut non.
A 18 ans, j’ai décidé de m’engager pour 2 ans dans la Force Navale Belge avec l’espoir de pouvoir monter sur un bateau et ainsi voir du pays. Vœux exhaussé, puisque deux mois après mon incorporation j’eu la chance de terminer ma formation sur un navire qui partait pour une mission à Madagascar.
Une fois cette formation terminée, j’ai été muté sur un chasseur de mines qui bien entendu avait parmi son équipage une équipe de plongeurs démineurs.
Qu’est-ce que je les enviais ces gaillards ! Et puis un jour, la chance m’a souri via un petit mémo qui est venu s’afficher au panneau d’information du bateau et sur lequel on pouvait lire : « Un nouveau stage de plongeur démineur va être organisé prochainement. Les candidats volontaires sont priés de se faire connaître auprès de l’officier recruteur. ». C’est ainsi que la plongée a commencé pour moi puisque sur la cinquantaine de volontaires, j’ai eu la chance de faire partie des cinq sélectionnés.
Ensuite, après avoir quitté l’armée, j’ai commencé et appris mon métier de scaphandrier dans les Travaux Publics en Belgique.
En 1975 c’était le grand boum de la plongée offshore et, comme beaucoup de plongeurs à l’époque, je me suis lancé là dedans. J’ai ensuite partagé ma vie entre ces deux disciplines jusqu’en 1995, année où j’ai décidé (un peu forcé par mon épouse) de poser mes valises.
Depuis, je sévis toujours dans la plongée en travaillant comme responsable de travaux pour une entreprise de travaux sous marins belge.
Peu connu, qu'est-ce que le métier de scaphandrier ?
Je crois que le métier de scaphandriers peut être décrit en quatre catégories bien distinctes.
1° Il y a tout d’abord la plongée offshore.
Ce genre de plongée qui a largement été décrit par le passé dans des émissions télévisées célèbres, à l’époque où la France était encore un des leaders du marché, se déroule toujours en mer sur les divers champs pétroliers.
Le scaphandrier dont la fonction principale est de réaliser des travaux de connexion, peut y travailler à moyenne ou à grande profondeur.
Pour les travaux à grande profondeur, les scaphandriers travaillent la plupart du temps en saturation. C'est-à-dire qu’ils effectuent les plongées au départ d’une tourelle qui en fin de période de travail les ramène en surface où ils sont transférés dans un caisson vie dans lequel ils restent sous pression durant un certain nombre de jours ou de semaines.
2° Une autre catégorie de travailleurs de la mer, sont ceux qui travaillent pour les entreprises de renflouage.
Ces scaphandriers évoluent généralement à faible ou à moyenne profondeur pour effectuer des travaux de découpage, d’étanchement, ou de mise en place d’élingues sur les épaves.
3° Il y a également ceux qui sont spécialisés en shipping, c'est-à-dire que la plupart de leurs interventions se fait sous les bateaux de tout tonnage pour y faire du brossage de coque, des remplacements d’anode, des travaux divers sur la coque et les hélices ou des inspections détaillées pour des organismes de classification.
4° Enfin, il y a les scaphandriers TP (travaux publics), qui travaillent dans les ports, canaux, fleuves ou autres rivières, mais peuvent également plonger dans les piscines de centrale nucléaire ou même dans les bassins de centre d’épuration.
Ces travailleurs évoluent souvent dans des eaux parfois polluées où la visibilité peut être limitée ou nulle et y accomplir des tâches extrêmement variées telles que : du découpage, de la soudure, du bétonnage, du dévasage, des démolitions avec ou sans explosif, de la peinture, etc.
Donc pour résumer, quelque soit la catégorie dans laquelle on est spécialisé, on peut dire que le métier de scaphandrier est un métier hors du commun, parfois très éprouvant mais extrêmement varié et où l’on ne s’ennuie jamais.

Comment devient-on scaphandrier ?
Je pense que la plupart des scaphandriers font ce métier par vocation.
Ceux qui se lancent là dedans en espérant se faire rapidement un paquet d’argent déchantent très vite et en général ils ne restent pas longtemps.
Pour pouvoir exercer ce métier, il est obligatoire, dans bon nombre de pays, de suivre une formation de plusieurs semaines dans une école de plongée professionnelle agréée.
>> Suite de l'interview de Francis HERMANS scaphandrier