
Des populations entières de requins de grande valeur sont décimées et parfois même exterminées à cause des pressions de plus en plus sévères que leur infligent les pêcheries actuelles. Malgré une prise de conscience et une inquiétude croissante face aux dangers encourus par les requins, les restrictions de l’Union Européenne (UE) sur l’enlèvement des nageoires restent les plus faibles au monde et il n’existe aucun plan global de sauvegarde des requins. À cause de l’importance des requins pour les écosystèmes océaniques et de la forte influence qu’a l’Europe sur les politiques mondiales de pêche, les réglementations de l’UE relatives aux requins jouent un rôle capital dans les océans du monde entier. Il est urgent d’instaurer des limitations de capture sur des bases scientifiques pour les bateaux de pêche de la Communauté européenne afin de s’assurer d’une gestion durable des populations de requins.
Bien que jouissant d’une image forte, les requins sont des animaux vulnérables. Leur croissance lente, leur maturité tardive et leur faible taux de reproduction les rendent particulièrement sensibles à la surexploitation, et leurs populations ont beaucoup de mal à se reconstituer une fois qu’elles ont été décimées. De plus, comme la plupart des requins jouent des rôles clés dans les réseaux trophiques en tant que prédateurs supérieurs, la surpêche des requins est susceptible de déséquilibrer les populations de proies et tout l’écosystème marin en général.
Les requins sont de plus en plus importants pour les pêcheries européennes, ainsi que pour la pêche de loisir et l’écotourisme, mais ces besoins ne peuvent être satisfaits sans de solides mesures de protection et de gestion.
Environ un tiers des espèces de requins et des raies des eaux européennes que l’on connaît à ce jour sont considérées comme menacées selon les critères de la Liste rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). Les populations européennes des très pêchés chiens de mer, requins-taupes communs et anges de mer ont par example été récemment proposées pour être classées dans la catégorie «En Danger Critique d’Extinction» par le groupe des spécialistes des requins de l’UICN. Plusieurs espèces de requins des grandes profondeurs, ainsi que l’énorme requin pèlerin qui filtre le plancton sont désormais classés par l’UICN dans la catégorie «En Danger», alors que le requin taupe bleu et le requin bleu ont été qualifiés de «Vulnérables» (risque élevé d’extinction). Face à ces baisses alarmantes d’effectifs, les quelques réglementations européennes qui existent ne sont pas adaptées, et il n’existe aucune mesure internationale limitant les captures de requins à l’échelle de tout l’Atlantique.
Face à cette situation critique, le Plan d’action international pour la conservation et la gestion des stocks de requins de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a appelé en 1999 les nations qui pratiquent la pêche à mettre en place des plans d’action nationaux et régionaux pour protéger les requins. Plusieurs années après, l’UE et ses états-membres n’ont toujours pas mis en application ces plans, qui sont pourtant cruciaux. Pour la plupart des pêcheries de requins, les avis des scientifiques ne sont pas non plus pris en compte. De plus, des déficiences dans le règlement de l’UE relatif à l’enlèvement de nageoires de requins (la pratique gaspilleuse qui consiste à couper les nageoires des requins et à rejeter le corps à la mer) permettent de débarquer séparément les nageoires et les carcasses et d’utiliser des critères de contrôle très laxistes. Ces lacunes enlèvent tout son sens à cette réglementation très importante et représentent un précédent lamentable pour les autres nations qui mettent en place des interdictions d’enlèvement des nageoires.
L’enlèvement des nageoires, appelé aussi ‘finning’, engendre un gaspillage énorme des ressources communes, une mortalité qui menace la durabilité des requins et un déclin dramatique de leurs populations. Durant les quinze dernières années, un tollé général contre l’enlèvement des nageoires a conduit à des interdictions de cette pratique dans de nombreux pays et dans la plupart des eaux internationales.
La plupart des scientifiques pensent que la meilleure façon, et la plus efficace, pour rendre effective l’interdiction d’enlèvement des nageoires est de demander à ce que les requins soient débarqués intacts, avec leurs nageoires. Seul ce type de mesure peut également permettre d’améliorer la collecte des données spécifiques à chaque espèce, nécessaires à l’estimation des populations. Cependant, afin d’accorder aux pécheurs une plus grande flexibilité, la plupart des interdictions d’enlèvement des nageoires de requins donnent la possibilité de stocker les nageoires et les carcasses séparément en respectant une correspondance théorique entre le poids des nageoires et celui de la carcasse.
Les USA ont développé leurs normes de correspondance entre nageoires et carcasse au début des années 90 se basant sur des échantillons de requins préparés dans des conditions de pêche industrielle, et en collaboration avec des pêcheurs. Cette correspondance est le moyen de vérifier – après le conditionnement en mer – si le nombre de nageoires qui est débarqué correspond au nombre de carcasses à bord. Dans son Plan de gestion pour les pêcheries de requins de l’Atlantique, les USA ont fixé une correspondance très laxiste en considérant les mesures effectuées sur des requins gris dont les nageoires sont particulièrement grandes: 5 pour cent du poids préparé (poids après qu’on ait retiré la tête et les viscères) ou à peu près 2,5 pour cent du poids total. On a constaté que les nageoires des requins bleus ne pesaient que 3,74 pour cent du poids du corps préparé alors que ceux des requins-marteau halicornes ne pèse que 2,39 pour cent. Les scientifiques ont depuis confirmé que la valeur de 5 pour cent du poids préparé est une limite supérieure convenable pour des pêcheries de requin non spécialisées.
En 2003, l’UE a également adopté une interdiction d’enlèvement des nageoires, mais a augmenté significativement la correspondance entre nageoires et carcasse à 5 pour cent du poids total (ou «poids vif») du requin, ce qui peut vouloir dire des correspondances de poids allant jusqu’à 8 pour cent du corps préparé. D’après l’UICN, permettre un ratio entre nageoires et carcasse de 6 pour cent du poids total donne la possibilité que 66 pour cent des requins pêches ne le soit que pour leurs nageoires. À cause de cette différence de normes entre l’UE et les autres pays, les interdictions d’enlèvement de nageoires utilisent une correspondance de 5 pour cent sans spécifier s’il s’agit du poids total ou du poids préparé. Cette approche, employée pour servir les normes laxistes de l’UE, sape l’efficacité des interdictions d’enlèvement de nageoires dans le reste du monde.
Bien que les correspondances entre nageoires et carcasse varient selon les espèces de requins, les nageoires de la plupart des espèces pèsent beaucoup moins que 5 pour cent du poids de la carcasse entière. De puis, alors que certaines flottilles peuvent prélever plus de nageoires et de chair d’un requin que d’autres, le marché réclame seulement la première dorsale, les pectorales et le lobe inférieur de la queue. Des correspondances plus élevées entre nageoires et carcasses signifient donc que plus de requins peuvent être pêchés uniquement pour leurs nageoires. Cette déficience, et la possibilité de débarquer les nageoires et les carcasses dans des ports différentes, mine l’efficacité, détourne les intentions et affaiblit les objectifs de l’interdiction d’enlèvement de nageoires de l’UE.
Les réglementations inadéquates de l’UE conduisent à la poursuite de la practique de l’enlèvement de nageoires et à une grave surexploitation des requins en Europe et dans le monde entier. Les gestionnaires européens des pêcheries ont la possibilité d’améliorer cette situation désastreuse en s’attelant à:
Pour en savoir plus, consultez Shark Alliance